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Présentation et critique : I live in the future and here’s how it works (Nick Bilton)

Note : cet article comporte des éléments traduits librement afin d’en faciliter la compréhension.

Résumé

Publié en 2010, cet ouvrage explique l’influence qu’a l’évolution exponentielle des médias sur le comportement humain. On comprend éventuellement que ces technologies et ses utilisateurs s’influencent mutuellement. L’auteur propose également des  »modèles » sur lesquels les retardataires devraient se baser en plus d’émettre des hypothèses quant à l’allure du paysage médiatique pour les prochaines années. Cette lecture est particulièrement intéressante en 2015 puisque il est déjà possible de constater que certaines hypothèses se sont confirmées alors que d’autres sont en voie de l’être.

Concepts clé

  • Technologie + trouble hypocondriaque = technocondriaque

Bilton explique que cette peur des nouvelles technologies, ou technocondrie, existe depuis des décennies. Par exemple, la peur du chemin de fer, symbole de la modernité, était bien connue au 19e siècle et a été largement étudiée par les scientifiques. Étant donné la difficulté de juger la portée à long terme d’un tel changement, certains peuvent se montrer réticents. Éventuellement, les gens se sont habitués à ce nouveau moyen de transport et à sa présence au coeur des grandes villes.

Dans la même veine, le clergé et les politiciens ont craint l’impression, cette même invention qui a mené aux réformes religieuses et à la révolution scientifique. Ils avaient, en effet, compris que  »La presse écrite, en comparaison, ne pouvait pas être contrôlée – de la même façon qu’Internet ne peut pas être controllé aujourd’hui » (Bilton, 2010, p.53, traduction libre). On croyait aussi, auparavant que la télévision ramollissait le cerveau et que les jeux vidéos rendaient violent. Or, non seulement ces affirmations sont fausses, mais les bénéfices engendrés par ces technologies sont considérables.

  • Nous sommes des consumnivores

L’auteur définit ce néologisme comme étant ceux qui se sont adaptés à l’important flux d’information et qui dictes les nouvelles formes de storytelling. Ils consomment l’information en petites bribes, en bytes. En tant que collectivité, ceux-ci  »fouillent, consomment, distribuent et régurgitent le contenu en une information de la taille d’un byte, d’une collation et d’un repas tout-en-un » (p.15).  Ils maîtrisent les nouvelles technologies, les médias sociaux sont d’ailleurs au coeur de ce concept, et utilisent leurs communautés d’ancrage à leur plein potentiel (nous en parlerons davantage au point suivant). Essentiellement, il s’agit d’une forme de curation de contenu.

Concrètement, ce sont eux qui utilisent les 140 caractères de Twitter pour partager un long article scientifique avec leur communauté, par exemple. C’est leur façon de consommer du contenu long et de le partager en format byte. Bilton pense que ces consumnivores dirigent le storytelling en choisissant la quantité d’information qu’ils consomment et son format. Il croit aussi que si un créateur de contenu (un individu ou une organisation) n’offre pas la combinaison parfaite pour son consumnivore, il ira la chercher ailleurs ou il la créera lui-même pour ensuite la partager.

Assisterons-nous à la mort du contenu long? L’auteur affirme qu’il sera seulement question d’une métamorphose. Comme à chaque fois qu’un nouveau moyen de communication naissait et qu’on le diabolisait, la même chose se produit avec les médias sociaux. Au final, les gens s’adapterons et ferons sens de cette nouvelle réalité.

Le cas du Reader’s Digest, un modèle pour l’avenir?  Au départ, le Reader’s Digest regroupait une sélection des meilleurs articles tous les mois et l’imprimait pour permettre aux gens trop occupés de prendre connaissance l’actualité. Éventuellement, DeWitt Wallace, le fondateur, conclut que le public aimait l’information condensée et homogène. Il prit la décision d’écrire une partie des articles lui-même pour satisfaire son lectorat, mais toujours en format byte, plus court. Le même principe s’applique aux consumnivores aujourd’hui.

  • Communautés d’ancrage (anchoring communities)

Bilton fait la distinctions entre deux termes : les natifs digitaux et les immigrants digitaux. Les premiers ont grandi en interagissant avec le monde virtuel alors que les seconds sont nés avant et doivent s’adapter. L’auteur soutient que les immigrants digitaux ressentent un certain stresse vis-à-vis la surcharge d’information disponible en ligne. Les natifs digitaux auraient, quant à eux, trouvé une solution : les communautés d’ancrage.

Celle-ci, comme un tout, agit comme curatrice de contenu. Les individus qui en font partie filtrent le contenu, le partage au sein de leur communauté et participent à des échanges constructifs. En somme, ils offrent aux natifs digitaux une certaine paix d’esprit, comme l’expliquait l’un des participants d’un focus group à propos de ses habitues de consommation d’information (2010, p.121, traduction libre) :

 »If the news is that important, it will find me. »

En effet, Maria Popova, blogueuse pour Brain Pickings, croit que  »[…] le contenu pertinent s’élèvera au sommet grâce à nos communautés et à notre intelligence collective » (2010, p.131, traduction libre)

  • Modèle de la pornographie

Nick Bilton présente l’industrie de la pornographie comme un modèle à suivre en matière de vente de produits et service. Tout comme l’industrie du livre et de la musique, celle de la pornographie a souffert de la montée en popularité des contenus mis en ligne et disponibles gratuitement sur des Tube sites (versions pornographiques de YouTube, suivant le même principe). Par contre, elle a su s’adapter et suivre la vague, voire la devancer, au lieu de sombrer dans les bas-fonds d’Internet.

Si certaines compagnies de productions ont tenté de poursuivre ces Tube sites, certaines ont rapidement compris que c’était peine perdue. Au lieu d’engager des procédures judiciaires coûteuses, elles ont appliqué le dicton suivant :  »Si vous ne pouvez pas les battre, joignez-vous à eux » (2010, p.35, traduction libre). Pour ce faire, les compagnies de production élaboré une stratégie en deux temps.

Premièrement, elles ont produit du contenu original qui n’existait pas sur DVD et qui ne pouvait pas avoir été illégalement mis en ligne encore. Deuxièmement, dès qu’une version illégale de leur contenu était mise en ligne sur un Tube site, elles mettaient en ligne, directement sur ce Tube site, leur version plus longue et de meilleure qualité en prenant soin d’y inclure des publicités et des liens menant à leur site Internet.

Lux Alptraum, éditrice du blogue Fleshbot, explique que les consommateurs sont prêts à payer pour un contenu de qualité, un bon storytelling, bref une expérience, même si une option gratuite est offerte.

  • Le contenu n’est plus roi

Le Web et les nouvelles technologies ont déjà commencé à changer nos habitudes de consommation et la façon dont nous interagissons avec nos communautés d’ancrage. Une multitude d’options s’offre à nous : nous choisissons ce que nous lisons, regardons et écoutons, où et quand nous le faisons. Les producteurs de contenu (individus ou entreprises) doivent s’adapter dans cet environnement constamment en mouvement. Selon l’auteur, ceux qui y parviendront et seront ceux qui offriront  »la meilleure expérience et la plus enrichissante à leur clients ».

Les gens paieront pour une expérience unique et non simplement pour le contenu. C’est exactement le principe du user experience/user interface (UX/UI). D’après un article paru en 2011 dans Elsivier, l’avantage pour un producteur de contenu de optimiser le UX/UI est  »d’améliorer la satisfaction de la clientèle et sa loyauté à travers l’utilité, la facilité d’utilisation, et le plaisir procuré par l’interaction avec un produit ou un service » (traduction libre).

À propos de l’auteur

Nick Bilton est un chroniqueur pour le New York Times et l’un des principaux blogueurs pour Bits, le blogue techno du New York Times. Il est aussi auteur de deux livre, celui-ci et Hatching Twitter : A True Story of Money, Power, Friendship, and Betrayal.

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